Paul Gasnier, La collision

L'auteur, journaliste, raconte dans ce petit livre les terribles circonstances qui ont conduit à la mort de sa mère, directrice d'une école de yoga, fauchée par la moto d'un jeune immigré délinquant récidiviste un soir de juin à Lyon.

Sa démarche est un récit de la réalité et répond à un besoin de comprendre ce qui a amené Saïd et sa mère à cette rencontre qui n'aurait pas du se produire. Ainsi, les destinées des deux familles sont comparées, en lieux et en temps.

Le sujet est très politique puisque le criminel est un jeune immigré marocain récidiviste, et la victime une femme qui maîtrisait sa vie en s'émancipant des cadres pour "s'aligner avec elle-même". Mais l'écueil de la vengeance est évité avec franchise et l'auteur fait beaucoup d'efforts pour rencontrer tous les protagonistes de l'affaire a posteriori : éducateurs, avocats, policiers.

On y apprend aussi la genèse de la création du délit d'homicide routier qui a remplacé celui d'homicide involontaire avec circonstance aggravante, qui est prononcé quand le chauffard a bu, s'est drogué ou roule sans permis.

"... il est inconcevable qu'une histoire pareille nous arrive à nous. Le mal ne peut pas nous frapper. [...] Que notre mère ait été écrasée par un délinquant récidiviste est invraisemblable. Pour la première fois, la vie nous tabasse, pour de vrai, avec poing dans la gueule et coups de pied dans les côtes avant de partir."

"L'avocat des causes perdues [...] fit preuve d'une extrême délicatesse dans la défense de Saïd. Au prétoire, il ne perdit jamais de vue [...] qu'un mot maladroit de sa part pouvait remuer le couteau que son client avait planté dans nos coeurs."

Après sa rencontre avec Hafsia, la soeur de Saïd qui lui apprend que son frère a fait une dépression après l'accident, et qu'il a toujours du mal à surmonter le choc, l'auteur dit : "Je sens qu'une partie de moi est rassurée d'apprendre que Saïd commence à s'en sortir. [...] Au fond peut être que j'écris tout ça pour lui montrer que la reconstruction est à la portée de chacun. [...] Je me surprends même à me demander s'il n'est pas pire d'avoir un petit frère danger public plutôt que d'avoir perdu sa mère." 

Hafsia lui dit à propos de son propre chemin de guérison : "Au bout d'un moment, si on veut avancer, il faut pardonner." 

Paul Gasnier, La collision, Gallimard, 2025

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