Andrew Ridker, Hope

Il y a du Woody Allen chez Andrew Ridker, mais on peut y retrouver aussi l'influence de Russel Banks : l'intimité familiale dans l'Amérique contemporaine aisée.

De portraits désopilants (Marjorie) en descriptions fines de la galaxie familiale Greenspan, "Les personnages d'Andrew Ridker ratent leur vie dans les grandes largeurs, mais ils sont terriblement attachants". (source NYT)

C'est exactement ça : des personnes qui avaient confiance en l'avenir (HOPE est le titre du livre) se sont pris les pieds dans le tapis.

Andrew Ridker est un grand écrivain (j'ai lu aussi Les Altruistes, son premier livre traduit en français). Sa façon d'enchainer les dialogues -qui représentent au moins les 3/4 du livre- est du grand art. En voici un extrait, j'ai d'abord pensé qu'il y avait une erreur de temps :

Scott est avec sa mère, Marjorie.

"Scott grimaça au souvenir de la remise de son diplôme de médecine à Longwood, lorsqu'elle s'était effondrée en plein milieu de la cour, victime d'une attaque aiguë de négligence.

- On pourra dire que j'ai été ta première patiente, s'était-elle exclamée quand il l'avait aidée à se relever.

- Depuis combien de temps tu as cette canne ? demanda-t-il en la guidant vers sa voiture." 

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On y parle beaucoup de livres et de littérature. Rien de tel pour remettre les idées en place de tous les néo-écrivains que de lire cet échange entre Maya et William, son professeur de littérature étrangère.

"- Vous avez déjà songé à écrire un livre ? lui demanda-t-elle un jour.

- Bien sûr, l'idée m'a déjà traversé l'esprit, mais quand on a lu autant que moi, cette perspective est plus qu'intimidante. J'aimerais mériter ma place sur les étagères de bibliothèques, tu comprends. Le monde n'a pas besoin d'un roman médiocre de plus." 

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A propos de l'éducation à l'amour de Gideon, le fils de la famille : pas étonnant qu'il ait eu du mal avec les filles...

Gideon tombait amoureux à la manière d'une armée qui envahit un pays - sans tenir compte du déséquilibre des forces.

Quelques années plus tard, il tomba amoureux des romans à l'eau de rose découverts dans la chambre de sa grand-mère. [...] Tout un champ lexical s'ouvra à lui.  [...] Gideon aimait ces romans pour leur "justice émotionnelle" [...] parce que leurs personnages se voyaient récompenser pour leur bonté et leurs efforts. Ils affrontaient [...] des dangers en tout genre, mais il n'y avait aucun doute sur le fait que les deux protagonistes finiraient ensemble. [...] C'était presque scientifique, une loi oubliée de Newton, la règle qui régit l'amour véritable : deux corps faits l'un pour l'autre ne peuvent être séparés".

La scène finale magnifique permet (attention spoiler) tous les espoirs : HOPE !

 Andrew Ridker, Hope, Editions de l'Olivier, 2023

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