C'est un livre difficile, très noir, je sais que je vais y penser souvent.
Je devrais faire une deuxième lecture du dernier quart, quand les choses s'accélèrent, car je l'ai lu trop vite, absorbée par l'envie de connaître le dénouement. Mais là je n'ai tout simplement pas le courage... Donc ce livre va rejoindre aujourd'hui la bibliothèque de Sisteron, pour que de nouveaux lecteurs puissent en profiter.
Ce livre est difficile à lire d'abord par sa forme : peu de ponctuation, pas de retour à la ligne, les dialogues sont à la suite sans tirets, parfois sans identité du locuteur, intégré dans des paragraphes. On fait face à des blocs qui courent sur des pages et des chapitres entiers.
C'est un récit linéaire d'un réalisme terrible. L'histoire se passe en Irlande, dans une grande ville, alors que le pays bascule dans le totalitarisme. Pourtant cette dystopie n'est pas un livre politique dans le sens où il n'y a pas de propagande ni dans un camp ni dans l'autre, on ne connait pas le contexte, ni le parti, ni les motivations des uns et des autres. Seules quelques pensées sont exprimées du côté des rebelles sur la liberté perdue. C'est en quelque sorte une écriture fictionnelle du réel, décortiqué minute par minute : on assiste au lent tsunami qui englouti une famille ordinaire du camp des rebelles, portée à bout de bras par la mère, courageuse mais hésitante, juste humaine.
Qu'aurais-je fait à sa place ? C'est la question que je me suis posée sans cesse. Il serait facile de ne pas y croire, mais de Poutine à Trump, on voit bien que rien n'est impossible, et le futur qui se présente est bien sombre.
Voici quelques extraits :
Quelque chose qui s'esquissait à peine dans sa conscience vient de s'affirmer, et la peur l'envahit alors qu'elle se le formule en silence. Toute ta vie tu n'as fait que dormir, nous étions tous assoupis et là c'est le grand réveil.
... elle comprend que le bonheur se niche dans ce qui relève de l'ordinaire, qu'il réside dans les mouvements quotidiens comme s'il devait rester invisible, telle une note qui demeure inaudible tant qu'elle ne résonne pas depuis le passé...
Devant le miroir : "Lui apparaît alors une vision fugitive, le passé tout entier contenu dans le regard nu du miroir, comme s'il avait conservé tout ce qu'il avait vu".
La peur attire la chose même qui la nourrit, tu ne le savais-pas ?
Sa détresse soudaine quand elle monte l'escalier, elle constate que le temps n'est pas une ligne horizontale, mais un poids à la trajectoire verticale qui va s'écraser au sol.
On ne peut pas retenir une tempête, dit-il, et une tempête est sur le point de balayer tout le pays...
Elle se demande ce qu'un si jeune enfant peut connaître du monde, la peur qui s'exhale de son corps à elle, l'enfant qui s'habitue à cette odeur qu'il ne peut ni effacer ni refouler, il absorbe le traumatisme maternel [...] c'est un homme abîmé qu'elle tient dans ses bras.
Paul Lynch, Le chant du prophète, Albin Michel, 2025
Booker Prize
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