On le sait, les premières pages, c'est important : mais quand il faut attendre la page 50 pour entrer dans le sujet, c'est un peu long, sur 250 pages au total. J'ai du relire plusieurs fois la 4e de couverture pour me convaincre qu'en effet, il allait bientôt être question dans ce livre, du Sénégal et de la région de Saint-Louis en particulier. Donc il fallait que je continue : ayant fait un séjour de trois semaines à Saint-Louis du Sénégal, tout ce qui s'y rapporte m'intéresse évidemment.
De manière générale, je déteste les choses compliquées si elles peuvent être simples. Je ne suis pas d'accord avec cette idée qu'il faut absolument éviter tout récit linéaire. J'imagine des auteurs qui, après voir terminé leur manuscrit, le découpent physiquement en morceaux et, les déplaçant comme sur une carte mentale, mettent au défi le lecteur de reconstituer l'intrigue.
Ceci dit, le voyage commence page 50, nous sommes au Sénégal avec Michel Adanson dans les années 1750 et je savoure ces lignes :
page 79 :
Le facétieux Ndiak, compagnon de voyage de Michel, explique pourquoi "le soleil mange les ombres, c'est-à-dire qu'il se trouve à l'aplomb de toute existence et la brûle sans pitié.
- A l'origine, nous étions blancs, ajouta Ndiak. C'est à cause de ce soleil à la verticale du monde que nous sommes devenus noirs. Un jour d'extrême canicule, l'ombre chassée par le soleil s'est précipitée sur nos peaux, c'était son seul refuge."
Au cours de son voyage botanique, Michel Adanson est fasciné par l'histoire de la disparue Maram et, alors qu'il ne l'a jamais rencontrée, il part à sa recherche. Leur rencontre est le fruit de hasard, et leur relation restera platonique.
C'est page 205 que la réalité finit par rattraper Michel Adanson. Alors qu'un navire négrier approche, il tente de convaincre M. de Saint-Jean, gouverneur de l'île de Gorée, de libérer Maram et de renoncer à son projet de "la vendre comme esclave aux Amériques. [...] Il supposait que j'aurais voulu lui acheter Maram. Cette idée me faisait horreur. J'avais oublié que la couleur de sa peau la reliait naturellement, pour des hommes comme lui, à la grande ronde atlantique du commerce des esclaves. [...] Il me dit en se levant de son siège :
- Comment peut-on tomber amoureux d'une Négresse ? Est-ce parce qu'elle s'est laissée foutre par vous ? Suivez-moi, nous allons la regarder partir."
Voilà, c'est triste. C'est la réalité. C'est pas si ancien. Je comprends que les Africains veulent mettre leurs colonisateurs enfin dehors.
David Diop, La porte du voyage sans retour, Editions du Seuil, 2021
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