Si je n'avais pas appris en cours de lecture que l'auteur était décédé d'un cancer en 2021 à l'âge de 42 ans, je n'aurais peut-être pas terminé ce livre. Mais, parce que la vraie mort c'est l'oubli, j'ai achevé ma lecture.
J'aime les romans sociaux, les récits de la vie réelle. C'est pourquoi ce livre m'a attirée : l'auteur raconte sa vie quotidienne en tant qu'intérimaire dans une usine de conditionnement de poisson, puis dans un abattoir. J'avais été passionnée par la lecture de "Le quai de Ouistreham" de Florence Aubenas, journaliste en immersion dans le monde précaire des femmes de ménage qui travaillent à l'heure.
Les personnes qui écrivent des récits de vie réelle sont soit journalistes, romanciers ou intellectuels en immersion. C'est la situation de l'auteur : diplômé dans un métier social, il se trouve au chômage et accepte toute mission de travail intérimaire.
Si j'ai été déçue par ce livre, ce n'est pas à cause du sujet, bien documenté et finalement pédagogique : le fonctionnement d'une usine alimentaire, l'engagement physique, les charges lourdes et postures pénibles, les odeurs, le froid, l'humidité. Mais aussi le travail d'équipe, la relation hiérarchique et les contraintes techniques et économiques.
Le style en revanche est surprenant : intégralement en vers sans ponctuation, le récit semble être un premier jet spontané, assez peu retravaillé, somme toute assez pauvre lexicalement. C'est un peu comme de l'écriture automatique.
J'aurais aimé de la belle langue, des descriptions auxquelles le sujet aurait fourni une ample matière, question de goût.
Mais il y a quand même des textes remarquables, en voici deux :
Déjà deux semaines aux bulots et je ne sais toujours pas par quel bout prendre ces satanés coquillages
Sinon à l'ancienne
À la pelle
Et vogue la misère
Sinon à l'arrache
À la ligne
Et voguent les pensées
Ou encore :
Un travail a toujours valu un travail
à l'abattoir
on y croit
pourtant
un jour
à la disparition du travail
mais quand putain
mais quand
Je ne suis pas certaine que ces mots soient à prendre au premier degré, vu la culture politique de l'auteur : sympathisant des zadistes, anarchiste et gauchiste révolutionnaire.
Joseph Pontus, À la ligne, Feuillets d'usine, éditions de la Table Ronde, 2019
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