La lecture de ce livre est un voyage glaçant d'horreur dans la tête d'Alfa, un tirailleur sénégalais héroïque qui fait des prouesses dans les tranchées de la Grande Guerre.
De la mutilation de cadavres jusqu'au viol, le monologue d'Alfa nous conduit dans les méandres de sa personnalité narcissique, construite sur des drames personnels et abîmée par une sensibilité à fleur de peau.
À propos de Mademoiselle François, la fille du médecin qui l'examine dans le centre où il se repose à l'arrière des tranchées :
"Je n'ai pas besoin de parler français pour comprendre le langage des yeux de mademoiselle François. Par la vérité de Dieu, je sais que je suis beau, tous les yeux me le disent. [...] Mademoiselle François n'a pas d'égale pour parler avec les yeux, ses yeux m'ont bien prévenu qu'il fallait que je me rende dans sa chambre le soir même. [...] Je me suis allongé près d'elle. [...] Elle a crié parce qu'elle a cru que ce n'était pas moi. J'ai plaqué ma main gauche sur la bouche de mademoiselle François qui s'est débattue, débattue. [...] J'ai attendu d'être sûr que mademoiselle François ne bouge plus pour enlever ma main de sa bouche. Elle me souriait. Alors je lui ai souri aussi. Merci, mademoiselle François, de m'avoir ouvert ta petite entaille non loin de tes entrailles. [...] J'ai plongé en elle comme on plonge dans le courant puissant d'un fleuve que l'on veut traverser d'une nage furieuse."
David Diop, Frère d'âme, éditions du Seuil, 2018
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