Jean-Baptiste Andréa - Cent millions d'années et un jour, Editions L'iconoclaste, 2019
Cet auteur écrit des textes ciselés : chaque paragraphe est un tableau à part entière. Il faut lire et relire pour ne rien louper.
Dans ce livre, il est question d'une obsession et d'amitié. Le héros du livre est persuadé de pouvoir faire une découverte archéologique majeure, pour cela il a besoin de l'aide d'amis qui lui font confiance et l'accompagnent dans cette aventure.
Pendant le récit, plusieurs éclairages sur l'enfance du héros permettent de comprendre sa personnalité. Ici il parle de son chien Pépin.
"Il me suivait partout. Son enfance et la mienne se mêlèrent en un tourbillon qui nous laissait haletants, langue pendante et genoux écorchés. Je le vis bientôt me dépasser en tout, force, vitesse, ruse, j'enrageais d'être coincé dans un corps trop petit. Le monde de Pépin était rond et j'en étais le centre. Il m'encerclait d'une danse attentive, de plus en plus lointaine, si bien que quand j'atteignis neuf ans et lui quatre, je le devinais plus que je ne le voyais. Mais il était toujours là, clignotant aux lisières de ma vie telle une poussière sur un cil."
J'ai choisi de citer cet extrait pour cette idée que le maître est le centre du monde de son animal.
Je n'ai plus l'habitude de faire des analyses de texte, et j'ai demandé à Chat GPT quelle est la symbolique du cercle dans ce texte : j'aime en particulier cette affirmation : "Le chien aime en cercle, l'humain aime en ligne".
La symbolique du cercle est centrale dans ce texte : elle structure à la fois
- la relation affective
- la perception de l’enfance
- le passage du temps.
1 Le cercle représente d’abord un univers fermé et rassurant, un monde affectif clos.
Pour le chien, le monde ne s’étend pas abstraitement : il s’organise autour d’un point unique, le narrateur. Le cercle symbolise donc :
- la fidélité exclusive,
- la simplicité affective,
- une vision non hiérarchisée du monde, typiquement animale.
Contrairement à l’humain, qui élargit progressivement son horizon, le chien demeure dans un espace affectif stable.
Le verbe encercler donne au cercle une dimension dynamique et protectrice :
- Ce n’est pas une clôture oppressante, mais un geste de protection.
- La « danse » évoque les allers-retours, les rondes du chien autour de l’enfant.
Symboliquement, le cercle devient une barrière invisible, une garde silencieuse contre le monde extérieur. Il rappelle les comportements instinctifs de surveillance chez les animaux.
Être « au centre » symbolise une hiérarchie affective :
- être l’origine du mouvement,
- être le point autour duquel tout s’organise.
2 - L’enfant est ainsi investi d’un pouvoir affectif absolu, sans en avoir conscience. Le cercle met en évidence l’asymétrie de la relation :
- l’enfant grandit et s’émancipe,
- le chien reste fidèle à ce centre immobile.
Cette centralité est à la fois valorisante et tragique, car elle annonce la dépendance du chien.
Le cercle se transforme progressivement :
On passe d’un cercle plein et dense à ses bords, ses marges.
Les « lisières » désignent la frontière entre présence et absence.
Symboliquement, cela marque :
- le passage de l’enfance à l’adolescence,
- le recul du chien dans la vie du narrateur,
- l’effritement du monde clos de l’enfance.
Le cercle n’est plus protecteur : il se dissout.
3 - Le cercle s’oppose à la ligne droite du temps humain :
- L’enfant avance, change, se projette.
- Le chien vit dans un temps circulaire, fait de répétitions (suivre, attendre, observer).
Ainsi, le cercle symbolise le temps :
- l’éternel présent de l’animal,
- la nostalgie du narrateur, qui regrette ce temps sans progression ni rupture.
Enfin, le cercle est la forme de l’amour inconditionnel, sans angle ni rupture :
- pas de début ni de fin,
- pas de condition,
- pas de distance morale.
Le chien aime en cercle, l’humain aime en ligne.
Dans ce texte, le cercle symbolise :
- la fidélité,
- la protection,
- la centralité affective,
- le temps cyclique de l’animal,
- et, par contraste, la perte progressive de l’enfance.
Il devient une métaphore silencieuse de ce que l’on quitte en grandissant : un monde où l’on était le centre sans le savoir.
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